Conditions de travail et perceptions des travailleurs pour les organisations à but non lucratif

Rapport d’enquête par Social Canada Social, juin 2020

 

Introduction

Social Canada Social (SocialCanada.org) a mené un sondage en ligne en anglais et en français pour les travailleurs d’organisations sans but lucratif pendant une période de deux mois au cours de la première phase de la crise COVID-19. L’objectif de l’enquête était d’approcher ces travailleurs et d’obtenir une appréciation de leurs conditions de travail et de la façon dont la crise affectait leur vie.

Une réflexion de fond était également présente. Le secteur sans but lucratif emploie environ deux millions de personnes au Canada et contribue presque 200 milliards de dollars en activités économiques annuelles. Leurs activités sont variées, notamment dans les institutions religieuses, les loisirs, les hôpitaux, les universités, les services de soins et les services sociaux. De nombreux employés de grandes institutions telles que les hôpitaux et les universités bénéficient de conditions de travail négociées collectivement et se comparent à celles d’un service public équivalent.

Toutefois, de nombreux emplois dans les services communautaires de soins et les services sociaux, qui emploient principalement des femmes, paient souvent en dessous du salaire pour un travail similaire dans les grandes institutions et offrent moins d’avantages et de sécurité d‘emploi. Les employés de ce secteur sont généralement aussi instruits que la population active.  Comme le travail rémunéré est souventes fois complété par un travail bénévole important, fournissant à la fois des services directs ou de bénévolat au sein des conseils d’administration (assurant également la responsabilité publique), la valeur totale du travail est nettement supérieure à la masse salariale totale.

« Imagine Canada », une alliance d’organisations à but non lucratif, mentionne: En 2017, la rémunération moyenne par emploi dans le secteur sans but lucratif était de 57 000 $. Les employés des organismes communautaires sans but lucratif ont reçu environ 42 500 $ tandis que les employés des organismes sans but lucratif des entreprises et du gouvernement ont reçu 54 400 $ et 63 000 $ respectivement. En revanche, la rémunération moyenne par emploi dans l’ensemble de l’économie était de 59 900 $.

 

L’étude

À travers divers médias sociaux, SocialCanada.org a pu porter le sondage à l’attention d’environ 35 000 adultes intéressés par des organisations à but non lucratif ou dans différents domaines dans lesquels ceux-ci sont engagés. Nous avons eu 1072 visites sur le site du sondage. Cependant, le nombre de questionnaires entièrement remplis était bien inférieur au nombre de visites et les réponses à plusieurs questions étaient incomplètes. Il semble qu’il y ait plusieurs raisons pour lesquelles beaucoup ont abandonné ou n’ont pas rempli le questionnaire, entre autres la demande d’informations pouvant être considérées comme confidentielles

Par conséquent, et surtout compte tenu de la nature d’une enquête en ligne, nos chiffres ne sont pas suffisamment importants ni sélectionnés d’une manière afin qu’ils puissentêtrent validés statistiquement. Nous fournissons quelques chiffres ci-dessous à titre indicatif seulement.

Néanmoins, les données (par exemple, la rémunération et les avantages sociaux) étaient pour la plupart cohérentes avec d’autres sources publiées. Plus important encore pour nos besoins, nous avons reçu 142 commentaires écrits détaillés sur les conditions de travail, les expériences de travail et les situations de travail. Combiné avec leurs données spécifiques à chaque individu, cela a pu fournir des informations qualitatives précieuses et un aperçu de l’expérience de travail dans ce secteur.

 

Les données

Lieu de résidence

Cinquante pour cent des répondants étaient en Ontario.

Les autres répondants étaient à peu près proportionnel à la population de leur province, avec trois réponses des territoires du Nord.

 

Âge

Quarante-cinq pour cent avaient moins de 44 ans

Trente-trois pour cent avaient plus de 55 ans.

 

Le sexe

Quatre-vingts pour cent des répondants étaient des femmes. Cela reflète les informations provenant d’autres sources selon lesquelles le secteur emploie principalement des femmes.

 

Éducation

Quatre-vingt-dix pour cent des répondants ont fait des études postsecondaires, et cinquante-quatre pour cent possèdent un diplôme universitaire. C’est nettement plus élevé que les moyennes pour l’ensemble de la main-d’œuvre. C’est peut-être en partie parce que les femmes sont plus susceptibles de terminer un diplôme universitaire de nos jours, car plus d’hommes sont attirés par des professions telles que les métiers. Par contre, il est possible que ceux qui choisissent de participer à ce type d’enquête risquent d’avoir une formation plus élevée. Cela pourrait aussi, suggérer que les échelles de rémunération par rapport aux niveaux d’éducation et de formation sont orientées contre la main-d’œuvre à prédominance féminine.

 

Sous-secteur du travail

Les deux tiers des répondants travaillaient dans les services de santé et les services sociaux

 

Fonction de travail

Vingt-neuf pour cent travaillaient dans la prestation de services directs. Ils avaient principalement moins de 45 ans. Trente-huit pour cent étaient des superviseurs ou des gestionnaires. Quatorze pour cent travaillaient en recherche / analyse.

 

Ancienneté

Soixante pour cent des répondants travaillaient depuis moins de dix ans, tandis que quarante pour cent travaillaient plus que dix ans.

 

Statut du salaire

Soixante-dix pour cent étaient des salariés à temps plein. Les autres étaient un mélange de travailleurs temporaires, à temps partiel et contractuels.

Cinquante-deux pour cent des répondants avaient un salaire à temps plein de 40 000 $ et plus, et seize pour cent, de moins de 40 000 $.

Vingt et un pour cent des répondants recevaient un salaire supérieur à 70 000 $. Cela peut refléter le fait que le bassin de répondants était quelque peu biaisé en faveur des postes de gestion, de supervision et de recherche / analyste.

 

Avantages sociaux

Vingt-deux pour cent des travailleurs ne reçoivent aucun avantage social. Vingt-neuf pour cent ont une pension en milieu de travail, et trente-quatre pour cent reçoivent un certain niveau de cotisation à leur REER.

Le total combiné est supérieur à la moyenne de 37,5 % de la population active canadienne qui a accès soit au régime de pension ou à l’aide à la cotisation du REER. Cependant, cette moyenne est bien inférieure à la moyenne des fonctionnaires exerçant des professions similaires ou connexes (environ 88 %, dont la plupart sont des pensions à prestations définies avec protection contre l’inflation).

 

Satisfaction salariale

Soixante pour cent des répondants ne croient pas qu’ils sont suffisamment payés, par rapport aux exigences du travail, à la formation et à l’expérience requises en lien avec leur travail.

Près de la moitié sont convaincus que leur travail offre des opportunités de carrière adéquates. La plupart d’entre eux occupent des postes de supervision, de gestion ou de recherche / analyse.

 

Effet de la Covid-19

Un peu moins de dix pour cent des répondants ont indiqué qu’ils travaillaient dans des situations à haut risque et avaient besoin d’un équipement de protection individuelle. Cinquante pour cent d’entre eux avaient reçu des fournitures appropriées au moment de remplir le questionnaire.

Vingt-deux pour cent ont déclaré avoir pris des dispositions spéciales pour protéger leur famille en raison des risques liés à leur travail. Trois pour cent des répondants ont contracté la COVID-19.

 

Ce que les répondants pensent de leur travail

Soixante-cinq pour cent des répondants estiment qu’ils sont appréciés pour leur travail. Par ailleurs, les travailleurs de première ligne estimaient qu’ils n’étaient pas bien payés et souvent n’étaient pas appréciés.

Quatre-vingt-sept pour cent déclarent qu’ils reçoivent une satisfaction personnelle de leur travail. Statscan rapporte qu’en 2016, 83,9 % des travailleurs de tous les secteurs sont satisfaits ou très satisfaits de leur travail. Il s’agit d’une mesure plus globale qui comprend les niveaux de rémunération et de l’appréciation de leur valeur.

Plusieurs commentaires ont relevé la perception que les grandes organisations de services et la société en général n’apprécient pas les travailleurs de première ligne et ne réalisent pas à quel point le travail est exigeant. Cependant, ils se sentent valorisés par leurs clients et leurs collègues.

Quelques personnes ont indiqué qu’elles avaient droit à des congés de maladie payés, mais que cela avait entraîné une pression supplémentaire sur leurs collègues ou une réduction des services pour leurs clients. Cela peut suggérer qu’aucune disposition n’a été prévue dans le budget de l’organisation pour fournir un niveau de service approprié pendant les congés de maladie.

Un petit nombre de PDG partageaient leurs préoccupations concernant leur emploi. Ils soulignent qu’ils doivent répondre aux attentes de leur conseil d’administration, de leurs clients, de leur personnel, de leur communauté, des bailleurs de fonds gouvernementaux et d’autres sources de financement. Ils sont chargés de fournir des services importants, souvent aux personnes vulnérables, mais ils doivent également rechercher constamment du financement pour soutenir leur travail.

Dans l’ensemble, les gestionnaires ont déclaré être les plus satisfaits de leur travail, y compris leur rémunération et leurs conditions de travail globales. Ils semblent avoir intégré leur vie professionnelle et comptent beaucoup sur leur travail pour avoir le sentiment de la valeur et de l’accomplissement au travail.

Dans quelques cas, les répondants ont souligné des emplois comparables qui payaient plus. Une travailleuse de soutien personnel a déclaré que son salaire n’était que la moitié de celui d’une infirmière, tout en estimant que les tâches réelles qu’elle effectuait n’étaient «pas si différentes».

Plusieurs travailleurs de première ligne ont estimé que leur salaire était indirectement affecté par l’évolution du salaire minimum. En d’autres termes, leur salaire était fixé à deux ou trois dollars au-dessus du minimum et ne bougerait pas à moins que le minimum ne bouge.

 

Matière à réflexion…

Plusieurs commentaires faisaient référence à un manque de planification ou de politiques claires pour travailler en situation de pandémie. Cela peut simplement refléter la vaste réalité d’une pandémie. Cependant, toute organisation responsable des services humains essentiels devrait avoir un plan pour les urgences ou les changements soudains. Ce plan peut comprendre des protocoles pour faire face aux interruptions de service, ainsi que, par exemple, la création de fonds de réserve à utiliser en ces temps problématiques. Ce serait un défi pour de nombreux organismes sans but lucratif, surtout lorsque certains bailleurs de fonds (surtout du gouvernement) ont tendance à réagir négativement à l’accumulation d’un surplus. La nécessité d’une telle planification et budgétisation devrait être prise en compte.

Selon certaines indications, les gens ont tendance à rester dans ce domaine. Les personnes travaillant dans le secteur remarqueront probablement que cela est important pour assurer la stabilité et la continuité. Elles contribuent également à l’accumulation de connaissances et d’expériences. En raison de leur longue expérience de travail et de la présence de bénévoles qui ont tendance à être fidèles et à servir durant de longues périodes, les organismes sans but lucratif deviennent les gardiens de l’histoire dans leur domaine. Il n’est pas rare d’entendre un leader d’une organisation à but non lucratif parler de changements de politique publique se produisant en cycles qu’ils peuvent remonter au fil des ans. Il y a un petit rire occasionnel quand un ministère du gouvernement annonce une «innovation» de gestion qu’il a déjà vue dans le passé.

Un certain nombre de répondants ont écrit sur la base de valeur des services à but non lucratif. Ils soulignent que même si les rôles religieux des églises diminuent, les mettant sous pression financière, il existe de nombreux services importants organisés par l’église. Plus précisément, ils suggèrent que le secteur à but non lucratif est devenu un point d’ancrage des valeurs morales et sociales.

Néamoins, le secteur repose sur une base instable, qui reflète le mouvement des valeurs de la société dans son ensemble. La religion et le patriotisme sont moins répandus dans la population. Le changement démographique et la diversité culturelle et sociale croissante enrichissent notre économie et notre société. Mais ils posent des défis au consensus social et aux modèles généralistes de prestation de services.

Ajoutez à cela la nature changeante et diversifiée du travail, ainsi que les efforts du gouvernement pour fournir les services essentiels au coût le moins cher possible.

Le secteur des organisations à but non lucratif essaie donc de représenter une communauté solidaire et inclusive, tout en étant confronté à une pression constante pour fournir des services pour le moins d’argent possible. Lorsqu’ils sont confrontés à la concurrence des entreprises privées qui peuvent voir leur service de manière étroite et être guidées par les profits, elles sont désavantagées. Il peut y avoir une dure leçon dans les tristes expériences de la pandémie.

 

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